Dans Comme un Lego je photographie des personnes là où elles ne se
trouvent pas. Je dépouille le monde qui les entoure de ses repères, éclipse les
détails des lieux, qui en disent trop, pour mieux leur ré-inventer une
histoire. Je redresse leur silhouette, leur dessine une ombre, un fagot de bois
sur l’épaule, une corde à tirer, un poteau contre lequel s’appuyer, un
compagnon de marche ou encore une tombe auprès de laquelle se recueillir… Ces
personnes deviennent ainsi les personnages d’une scène de vie imaginaire. On ne
sait plus distinguer, à la fin, ce qui a été enregistré de ce qui a été
modifié, la prise de vue d’origine de l’image finale. Le traitement confond le
dessin et l’image photographique sur un seul et même plan.
Inconsciemment d’abord, j’ai fait
de tous ces instants des scènes de solitude, d’accablement ou de labeur.
Peut-être est-ce parce que le monde autour des personnages disparaît comme
lorsque nous sommes envahis par un sentiment fort ou par un travail éprouvant.
Toujours est-il que, dans ce travail, photographier n’est qu’un prétexte pour
recomposer, par le dessin, des instants mis en scène, plongés dans la noirceur
et le grain d’un « grand terrain de nulle part ».
Photos et texte:
Antoine Lecharny








No hay comentarios:
Publicar un comentario